12.6.09

Sur le son

Je rencontre quelqu’un venu tout droit de la musique acousmatique. Il va forcément avoir des choses très intéressantes à me dire par rapport à mon travail sur le son.

Il n’est pas très réveillé ou il n’est pas à l’aise, je ne sais pas. Il hésite un long moment sur la place à laquelle il préfère s’asseoir. Je tranche : « là, c’est bien, non ? ». Il s’assoit.

Il donne envie de le bousculer ou alors de le laisser tranquille, de ne rien dire du tout et de se mouvoir très lentement, tant la moindre chose aurait l’air de venir le perturber. C’est touchant. Ca ne facilite pas le dialogue. Je me dis que les gens doivent se dire la même chose quand ils me rencontrent. C'est donc ça. Je souris.

Je lui raconte le film. Je précise, sans doute toujours pour ne pas le brusquer, que ce n’est pas du tout provocateur. Il répond : « Oui, mais c’est radical, c’est bien ».

Puis je lui parle de mes idées sur le son. Je lui dis que je déteste la musique de film, qui est parfaitement idiote, ce truc de toujours en rajouter une couche, sortir les violons quand c’est triste ou mettre des bruits de machine quand ça fait peur… Je n’ai pas forcément envie de dire au spectateur quoi penser du film.

Je lui dis que j’ai envie de partir de vrais bruits, la rue, le temps, les oiseaux… Il m’interrompt, les yeux plissés dans un sourire : « ça, c’est les origines de la musique, évoquer la tempête, les chants d’oiseaux… ».

J’explique que j’ai envie d’accompagner ce qu’il se passe, de soutenir le rythme, mais je veux aussi que le son prenne des distances par rapport aux images. Je précise que parfois il n’y a que le son qui donne l’information dans le film alors qu’on ne sait pas ce qu’il se passe à l’image.

Il écoute attentivement. Il est souvent d’accord avec moi, même si ce que je dis se contredit. Je suppose qu’il est un peu intimidé.

Puis il me pose des questions techniques, avec quoi j’enregistre, comment je monte… Il me donne des conseils et me propose son aide.

Je lui demande sur quoi il travaille et comment il s’y prend. J’écoute. Je souris. Je serais curieux d’entendre.

Il est temps d’y aller. Je lui dis qu’il a l’air plus réveillé que tout à l’heure. Il sourit. On se dit qu’on se reverra bientôt.


Humeur :


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